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La DHEA
Le THS a révolutionné la vie des femmes ménopausées et le Viagra est venu au secours des hommes victimes de pannes sexuelles. L’administration d’hormones pour compenser la baisse de production par l’organisme continue de poursuivre son chemin.
Son efficacité se confirme, elle nous promet bien-être et nous ouvrirait la porte de la longévité. En France, les études continuent et on attend presque impatiemment la commercialisation de la DHEA.
Présentée comme la pilule de jouvence, cette hormone est déjà vendue librement aux Etats-Unis en tant que complément alimentaire dans les drugstores et sur des sites Internet. Aussi certains d’entre nous en consomment déjà sans contrôle médical. Y-a-t-il danger ?
Qu’est-ce-que la DHEA ?
La déhydroépiandrostérone, surnommée DHEA, est une molécule d’origine naturelle. En effet, c’est une hormone sécrétée sous forme de sulfate par les glandes surrénales, se trouvant sur les reins. Elle est dérivée du cholestérol et sert aux glandes endocrines à fabriquer notamment les hormones sexuelles mâles ( testostérones ) et femelles ( oestrogènes ). Elle commence à être produite à partir de l’âge de 7 ans, atteint son pic maximal autour de 25 ans avant de décroître ensuite fortement. A 70 ans, elle n’est plus présente dans le sang qu’à un taux de 20% de ce qu’elle était à son maximum. La baisse de son taux, variable selon les individus, est un marqueur du vieillissement.
Les premières études consacrées aux effets de l’absorption de cette molécule ont été menées aux Etats-Unis. Elles ont démontré des actions bénéfiques sur l’état physique et psychologique des hommes et des femmes qui en ont pris : sommeil plus profond, meilleure réaction au stress ... Bref, elles ont conclu à l’utilité de la substitution de cette hormone lorsque son taux devient trop bas. En 1994, sa commercialisation a été autorisée, mais elle n’a pas été classée médicament. Elle est donc en vente libre aux Etats-Unis.
Par contre, en France comme en Europe, elle reste interdite car bien des questions restent en suspend. C’est un véritable problème de santé publique, les autorités restent donc prudentes. Elles ont autorisé l’Inserm et plusieurs hôpitaux parisiens de l’Assistance Publique à lancer des expériences pour mieux connaître : l’impact de la DHEA sur la santé, les dosages et les éventuelles contre-indications. Bref, elles tiennent à s’assurer du respect d’un des principes de la déontologie médicale
“d’abord ne pas nuire”.
D’ores et déjà, on sait que cette molécule sera bientôt disponible en France. Elle sera distribuée comme un véritable médicament et ne sera administrée qu’au cas par cas et sous contrôle médical.
Si pour certains les recherches traînent, c’est parce qu’à ce jour, aucun grand laboratoire ne s’y est réellement intéressé. Aucun dossier de demande d’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) n’a été déposé auprès de l’Agence Française de sécurité sanitaire des produits de santé. L’obtention de l’AMM nécessite des études coûteuses pour prouver l’efficacité de la molécule. Or, la DHEA est une substance naturelle, donc en aucun cas une invention qu’une firme peut s’approprier et se voir protéger par un brevet. Ce n’est donc pas une molécule rentable.
Les effets connus de la DHEA
Le service de gérontologie de l’hôpital Broca de Paris, dirigé par Françoise Forette a mené une étude, baptisée la DHEAge, sur 280 volontaires, des hommes et des femmes en bonne santé, âgés de 60 à 79 ans. Cette molécule a été administrée à une dose de 50 mg, une dose physiologique de 2 fois la valeur naturelle, compensant la perte hormonale qui accompagne naturellement le processus du vieillissement pendant un an. Les premiers résultats ont été rendus publics en avril dernier. Ils sont estimés encourageants.
L’impact de la prescription est très net surtout chez les femmes de plus de 70 ans. ll concerne trois points essentiels dans le domaine du vieillissement.
1- les os deviennent plus solides. Sous l’effet de la prise de la DHEA, le système osseux ,qui naturellement se déminéralise avec l’âge, redevient aussi résistant qu’avant la ménopause chez les femmes. En effet, on observe à la fois une nette amélioration de la densité osseuse et une réduction de la destruction osseuse. Cela est très net au niveau du poignet et du col du fémur particulièrement exposés aux fractures.
2- la peau retrouve la fraîcheur perdue . Sa coloration jaunâtre, signe du vieillissement s’estompe, le teint redevient plus rosé. Elle est mieux hydratée, s’épaissit et produit davantage de sébum.
3 - la libido augmente sensiblement. 6 mois après le début du traitement, les femmes constatent un accroissement de leur désir. Plus, au bout d’un an, elles avouent jouir d’une activité sexuelle réactivée.
Chez les hommes, on a simplement constaté une amélioration de l’état de la peau. Il semble que le dosage prescrit ait été insuffisant pour engendrer des effets aussi nets que ceux constatés chez la femme.
Les effets inconnus
Les effets du produit sur le vieillissement sont certes positifs, mais il trop tôt pour considérer qu’on a trouvé une miraculeuse pilule anti-âge. Interrogé par de nombreux médias après l’annonce des résultats de la DHEAge, le professeur Etienne Baulieu, directeur de recherche à l’Inserm, endocrinologue précise par exemple qu’il était exclu de mener l’étude en faisant prendre des risques aux volontaires. Ces derniers ont donc été triés et étaient tous en bonne santé : pas de cancer en évolution, d’hypertension artérielle ou de prise de médicaments.
Ce chercheur ne cache pas non plus, qu’aujourd’hui en prescrivant de la DHEA, on craint de réveiller des tumeurs cancéreuses latentes. Il explique : “ La DHEA fait partie de la famille des hormones et pourrait réveiller des cancers dits hormono-dépendants. Sa prescription est notamment déconseillée chez les personnes ayant eu un cancer du sein ou de la prostate.”
Une seconde série de résultats est en cours de dépouillement pour connaître : l’action de cette hormone sur les fonctions intellectuelles, le système immunitaire, la force musculaire et la sensation de bien-être sans oublier les éventuels effets secondaires de la substance.
Et d’autres nombreux points sont à l’étude ou restent à éclaircir, notamment le rôle de la DHEA dans la prévention des maladies liées au vieillissement, comme la maladie d’Alzheimer ou l’infarctus du myocarde. On sait également déjà que cette pilule de jouvence stimule le tonus neuro-psychique. En ce qui concerne le traitement de la dépression, va
t-elle remplacer les antidépresseurs ? Chez les femmes au moment de la ménopause, un traitement à la DHEA peut-il être une alternative, un relais ou un complément au THS qui lui n’a aucun effet coup de fouet sur le désir sexuel ?
Une pilule encore expérimentale
Les Américains en raffolent. Certains Français cherchent à consommer sans attendre et réussissent à s’en procurer. Certains d’entre eux profitent donc d’un voyage aux Etats-Unis ou en Suisse pour se rendre dans un drugstore ou une boutique spécialisée dans la vente des vitamines et des compléments nutritionnels et en acheter en toute liberté, donc éventuellement en rapporter, pour la consommer sans demander l’avis d’un médecin.
La DHEA circule également en France parce qu’ il est encore plus facile de se la procurer sans se déplacer. En effet, le produit est mis en vente sur de nombreux sites Internet américains, accessibles depuis la France - dont certains en version française - qui vantent tous ses mérites. Il suffit donc de consulter l’un d’entre eux, de choisir sa pilule en toute liberté et de passer commande en précisant ses références de carte bancaire. Ensuite, l’ expéditition s’effectue rapidement sous pli confidentiel partout dans le monde.
Le corps médical français désapprouve cette démarche qui semble tenter déjà un certain nombre de Français. Il considère que la DHEA est toujours dans la phase expérimentale et qu’il manque encore bien des données scientifiques sur ses effets secondaires et les dosages. Interrogé sur ce point précis, le professeur Baulieu rappelle que là où la DHEA est en vente libre, elle échappe à tout contrôle et que la composition des gélules considérées suppléments nutritionnels est variable. Et d’après différentes analyses, certaines pilules ne contiennent pas la moindre molécule, d’autres sont trop dosées et enfin d’autres recèlent des produits différents de ceux mentionnés sur l’étiquette.
Conclusion : à l’heure actuelle, la DHEA peut être utile pour certains, sans effets pour d’autres et potentiellement nuisibles pour quelques-uns. Il est donc sage et prudent de patienter encore quelques années et d’attendre sa mise à disposition sur le marché français du médicament.
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