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Causses et Cévennes : site remarquable et conservatoire vivant
Dans un périmètre que délimiterait les villes de Ganges, Millau, Mende et Alès se déploie un paysage pluriel qui signe l’unité et la permanence d’une tradition qui soude l’homme et la nature.
Les vallées cévenoles alignent leurs terrasses plantées de châtaigniers, d’oliviers, de vignes et de mûriers, empruntant au schiste la couleur de leur habitat. Les monts Aigoual et Lozère, pointent leurs crêtes déchiquetées de granit, comme pour imposer leur rôle dans la structuration du territoire. Les causses, immenses plateaux calcaires dont le vent semble avoir ôté toute aspérité, affichent une présence minérale tempérée par les herbages et les forêts. Les gorges au périple tumultueux traversent les éperons rocheux, découpant les plateaux en autant d’escarpements, arches, grottes et circonvolutions.
Quelle unité trouver dans cette diversité géomorphologique qui recoupent trois régions, Languedoc-Roussillon, Midi Pyrénées, Rhône-Alpes, cinq départements, la Lozère, le Gard, l’Hérault, l’Ardèche, et qui comptent, sur 6390 km2, 235 communes et 230000 habitants ? Si les conditions géographiques et climatiques ont forgé sa diversité, les activités humaines ont contribué à le façonner. Né de l’alliance de l’homme et de la nature, les Causses et les Cévennes transmettent la permanence d’un paysage préservé, représentatif de la montagne méditerranéenne, en voie de disparition en Europe, et de la tradition agropastorale, expression d’une agriculture non mécanisée et de l’élevage en pâturage. Cette caractéristique historique qui fonde l’identité des Causses et des Cévennes, est l’argument qui fonde la démarche de l’Association de Valorisation des Espaces des Causses et des Cévennes qui a déposé la demande d’inscription de ce territoire sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. L’obtention du label « paysages culturels vivants et évolutifs. » permettra-t-elle, le cas échéant, de valoriser tout en le protégeant ce patrimoine naturel et culturel ? Le projet incite, au-delà des lieux largement fréquentés -Cirque de Navacelle, Gorges du Tarn, la Couvertoirade, Saint Guilhem le Désert et plus récemment le viaduc de Millau- d’explorer d’autres chemins de découverte.
Dans les pas des bergers des Causses
Les plateaux caussenards sont les lieux traditionnels du pastoralisme. Ces grands espaces de pelouse sèche au relief arrondi sont le fruit d’une activité ancestrale et toujours vivace où la brebis tient la première place. De nombreuses exploitations ont été abandonnées dans les années cinquante, une partie du territoire a été reboisée à des fins commerciales, mais les années 70 marquent une restructuration des exploitations, marquée par un élevage plus extensif. Le troupeau de brebis continue ainsi à marquer et à organiser la configuration des causses. Dans ce plus grand ensemble karstique d’Europe occidentale, le calcaire est omniprésent. Fermes isolées, bergeries, maisons regroupées en petit hameau, l’habitat dispersé en est presque exclusivement constitué. Les jasses, ces bergeries estivales, balisent les drailles, chemins de la transhumance toujours empruntés pour mener les troupeaux de la vallée au plateau. La présence des lavognes, points d’eau naturels ou aménagés, dit le souci permanent de recueillir les eaux de pluie afin de les abreuver. Les murets délimitent les pâtures, tandis que les clapas, pierres amoncelées, témoignent de l’acharnement de l’homme à gagner des espaces propices à la mise en herbe.
L’arbre à pain
Allergique au calcaire, c’est dans les vallées que le châtaigner a pris racines. A partir du XVIIIIe siècle il règne en maître dans les Cévennes, au point que l’on a pu parler de civilisation du châtaigner. Sa culture sur les versants des vallées impose la construction des bancels ou faysses, aménagées à grand renfort de pierres érigés en murets capturant la terre. Grillée dans des poêles trouées durant les veillées, séchée -blanchettes ou bajanas- dans les clèdes, petite construction en pierre, la châtaigne constitue alors une part importante de l’alimentation, complétée par les légumes du jardin et l’élevage. Le surnom du châtaigner, l’arbre à pain, exprime ses valeurs nutritionnelles, mais tait ses autres qualités. Car, chez le châtaignier comme chez le cochon, qu’il contribuait à engraisser, il n’y a rien à jeter. Fraîches, ses feuilles ravissaient les chèvres et autre bétail, sèches elles leur servaient de litière. Indissociable de l’habitat cévenol, son bois était utilisé pour les charpentes, les planchers et autres menuiseries, mais aussi pour la confection de piquets, tonneaux, ruches et des paniers qui servaient à transporter à dos d’homme le fumier ou à ramener les feuilles.
Les murets tendent à s’ébouler, faute d’entretien, les surfaces cultivées s’amenuisent, gagnées peu à peu par les broussailles et les « bouscasses » de châtaigniers abandonnés. Mais les vallées cévenoles gardent les marques des terrasses qui étagent leur versant aux abords des mas et hameaux. Détrôné par la plantation plus rentable de résineux, le châtaignier continue à arborer ses bogues hérisseés et ses couleurs d’automne chatoyantes. Sa régression n’infléchit pas le poids culturel et identitaire d’un arbre qui a écrit l’histoire et sculpté la physionomie des Cévennes.
Sur les chemins de la soie
Les châtaigniers n’étaient pas les seuls occupant des terrasses. La plantation du mûrier, légitimement baptisé « l’arbre d’or », se multiplie dès le XVIIIe siècle. Grand consommateur de feuilles de mûrier, le vers à soie signe la prospérité des Cévennes qui deviennent au milieu du XIXe une des deux premières régions séricicoles du monde. L’élevage du bombyx du mûrier, encouragé par l’administration royale, ne modifia pas seulement les modes de vie, il transforma aussi le bâti. La construction des magnaneries -sorte de pouponnière à cocons, vaste bâtiment équipé de nombreuses cheminées et fenêtres afin d’assurer une température constante- les filatures où, le cocon dévidé, le fil de soie est tissé, accompagne cette industrie florissante. Mais les magnaneries n’approvisionnent pas seules les filatures, les habitations sont rehaussées d’un étage aux cheminées d’angle, réservé à l’élevage du cocon qui, dans une économie autarcique, constitue un revenu d’appoint.
La dernière filature, Maison Rouge, à Saint Jean du Gard, a fermé en 1965. Si de nombreuses magnaneries ont été transformées en hôtel ou gîtes, certains bâtiments valorisent la mémoire et poursuivent l’aventure de la sériciculture, tels la filature du Mazel, près de Valleraugue, celle de Gréfeuilhe à Monoblet ou encore le musée de la soie. Ici et là, au détour d’une bancelles quelques rares mûriers tendent encore leurs branches noueuses. En signe de résistance ?
Parc National des Cévennes. Florac T. 04.66.49.53.01
Parc naturel des Grands Causses. Millau. T.05 65 61 35 50
Musée de la soie. Saint-Hippolyte-du-Fort. T.04 66 77 66 47
Maison de la châtaigne. St. Martin de Boubaux. T. 04 67 59 13 13
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