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Escapades

A travers Nantes, découvrir la ville

Tout a été dit sur cette cité surgie de l’eau, celle que l’on appela longtemps la “Venise de l’ouest”, alors que les bras de tous les cours d’eau qui la traversaient n’étaient pas encore comblés.

Une balade à travers Nantes est assurément un magnifique parcours dans le temps, toutes les grandes époques de l’histoire du duché de Bretagne et du Royaume de France y ont laissé de multiples traces.

Omniprésente, la célèbre duchesse Anne, également Reine de France, y laissa son empreinte tant spirituelle que matérielle, derrière les puissants remparts du Château des Ducs de Bretagne, bâti en bord de Loire, tout à la fois palais résidentiel et forteresse militaire défensive, commencé en 1466 par François II, père de la duchesse Anne qui le termina à la fin du 15ème siècle. C’est sous ses voûtes qu’Henri IV y signa l’Edit de Nantes. Après de longues années sans fonction bien définie, caserne, poudrière, musée, il a aujourd’hui retrouvé presque toute sa splendeur médiévale. Les douves ont été à nouveau remplies d’eau, tandis que les fossés ont été transformés en jardins.

Contemporaine de cet imposant édifice, la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul est un extraordinaire exemple de gothique flamboyant. Contreforts, pinacles, arc-boutants enserrent les deux célèbres tours dans une débauche de statues et d’ornements tandis que l’intérieur laisse pantois par l’audace de son architecture. La nef haute de 37 mètres dépasse celle de Notre-Dame à Paris, toute en légèreté grâce à son très beau matériau : une pierre calcaire blanche que l’on retrouve dans les Châteaux de la Loire : le tuffeau de Touraine. Autre sujet d’admiration : le tombeau des parents d’Anne de Bretagne, deux gisants immaculés reposant sur une dalle de marbre noir, image émouvante et redoutable tout à la fois. De nos jours, l’unique quartier médiéval ayant survécu aux siècles parfois tumultueux est le quartier Bouffay, fait de multiples ruelles piétonnes dont les noms évoquent encore les différentes corporations du Moyen-Age : celle des Petites-Ecuries, de la Barillerie, de la Blèterie, de la Casserie, autant de métiers à jamais disparus.

Mais la véritable opulence de la ville est née, ce n’est un secret pour personne, au temps des “Isles”, du commerce “triangulaire”, entre la côte guinéenne en Afrique, les rivages de la toute jeune Amérique et ceux du Vieux Continent. Nantes, au 18ème siècle, a construit sa fortune sur le sucre de cannes et le “bois d’ébène”, le marché des esclaves...

De merveilleux vestiges persistent de cette époque : ce sont les hôtels particuliers de l’ancienne Île Feydeau, des terres marécageuses rattachées à la ville dans les années 30 par le comblement d’un des bras de la Loire. Ici aussi les constructions sont de tuffeau et de granit, parés de mascarons et de balcons ouvragés d’une grande finesse. Quelques maisons sont particulièrement remarquables, comme “le temple du goût”, au 16 de l’allée Dugay-Trouin, l’Hôtel de la Villestreux, place de la Petite Hollande, et la “Cour Ovale” de la rue Kervegan. C’est dans ce quartier, sur le Cours Olivier de Clisson, que Jules Verne vit le jour en 1828.

L’essor de cette ville si dynamique et si entreprenante ne se calma pas avec la fin du trafic des esclaves. Les négociants continuèrent à prospérer au 19ème siècle et de nouveaux quartiers virent le jour après la Révolution. Centre de la vie artistique à la fin du 18ème siècle, la Place Graslin fut crée par le mécène et promoteur homonyme. Réalisée par l’architecte Mathurin Crucy, sur un plan géométrique aux édifices symétriques, elle recèle le Grand Théâtre de style corinthien et la célèbre brasserie La Cigale. Ravagé par un incendie quelques années après son inauguration, le Grand Théâtre, ne dût sa reconstruction qu’à l’Empereur Napoléon, en visite officielle à Nantes en 1811. La Cigale, inaugurée le 1er avril 1895 est aujourd’hui classée aux Monuments Historiques. Elle est un des derniers témoins d’un genre en voie de disparition : les grandes brasseries de la Belle Époque et son public est resté le même depuis sa création, artistes, fêtards et spectateurs du Grand Théâtre voisin.

Précurseur de cette époque frivole et riche, le Passage Pommeraye, du nom de l’industriel qui laissa sa fortune dans la réalisation de cette “folie” 19ème, est un des exemples les plus réussis de ce style qui essaima dans l’Europe entière : les galeries couvertes. Cette merveille architecturale au style éclectique comporte trois paliers, un escalier central et des galeries surplombantes reliant la ville haute au port. Le Passage Pommeraye apparaît dans chaque film tourné par Demy, enfant du pays, tourné à Nantes, et dans nombre d’œuvres, surréalistes entre autres. Leur pape, André Breton, était fasciné par cette ville où, selon lui, “comme à Paris, quelque chose pouvait lui arriver”...

La ville contemporaine n’a rien à envier à l’opulence de celle d’antan. De grands architectes ont modelé et dessiné la nouvelle silhouette de la ville. Jean Nouvel a signé la nouvelle Cité Judiciaire, tandis qu’Italo Rota a remodelé le Cours des 50 Otages où trône l’Hôtel La Pérouse, une œuvre des architectes Clotilde et Bernard Barto. La Cité des Congrès se reflète dans le canal Saint-Félix, voisine de l’ancienne usine LU, celle des petites gourmandises connues de tous. Aujourd’hui les carrés aux coins qui se croquent sont produit ailleurs et la célèbre tour abrite un lieu de spectacles très vivants : le Lieu Unique, celui de toutes les innovations de l’art et de la pensée contemporaine. Tandis que l’imposant vaisseau de la Cité des Congrès, est, parmi une foule de manifestations, le siège de la Folle Journée. Une initiative folle en effet, devenue le grand rendez-vous de tous les mélomanes de France. Autour d’un compositeur prestigieux, quatuors, solistes, orchestres symphoniques se relaient un week-end de janvier pour parcourir toute son œuvre. Une manifestation unique elle aussi.

Saskia Leblon

 
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