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Redécouvrir le cœur de Grenoble
« Au bout de chaque rue une montagne »... disait l’auteur de La Chartreuse de Parme. Et il est vrai que Grenoble constitue un carrefour d’échanges idéal au coeur d’une nature puissante, dominée par le Néron et Le St Eynard au nord, la chaîne de Belledonne à l’est, le Vercors à l’ouest , circonscrite par les boucles de l’Isère et du Drac.
Dans la vieille ville, en flânant de place en place sur les pas de Stendhal, on redécouvre vestiges romains, cours intérieures médiévales et hôtels particuliers du XVIIe siècle.
Commençons notre parcours par cette ancienne esplanade, jadis consacrée aux grands marchés du grain - d’où son nom Granaterie, puis Grenette. Branchée, commerçante et conviviale, c’est « la place de Grenoble » par excellence. Prendre un verre à l’une des terrasses de ses cafés fait partie du rituel local, aux abords rafraîchissants d’une fontaine début XIXe, avec ses vasques en escalier et ses sculptures de cuivre au style symbolique : des anges chevauchant des dauphins - clin d’oeil aux anciens dignitaires locaux. En se laissant entraîner dans la Grande Rue, qui fut l’antique voie romaine, on a une pensée pour les temps paléo-chrétiens (au IVe siècle) où la cité, en hommage à l’empereur Gratien qui y avait fondé un évêché, prit le nom de Gratianopolitanus. On déambule désormais devant de nobles demeures.
Etonnant patchwork architectural à l’assise médiévale ou renaissante, habilement réutilisée et transformée à l’époque classique, telle la Maison Stendhal qui fait l’objet d’une visite quotidienne. Elle est située au n° 20, et on peut y admirer ses deux cours à loggias, respectivement du XVe et du XVIIIe siècles, et emprunter l’escalier jusqu’à l’appartement du Docteur Gagnon, le grand-père chez qui l’écrivain passa sa jeunesse. Mais cette rue en a vu d’autres : avant de parvenir à l’atelier des maîtres ébénistes Hache, au bout de la place Claveyson, il suffit de lever la tête pour imaginer un illustre personnage accoudé à son balcon en fer forgé : au n° 13, le philosophe Condillac, au n° 9, le peintre Hébert, ou encore au n° 4, le président du Conseil de la Restauration, Casimir Périer, pour ne citer qu’eux...
A quelques enjambées de là, on débouche sur la place St André par un passage sur la gauche. Voici le célèbre café de la Table Ronde, qui a vu défiler sur son parquet depuis sa création en 1739, tout le gotha littéraire et artistique. Stendhal venait aussi y trouver l’inspiration, comme pour le personnage de Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir, en pensant à Antoine Berthet qui purgea sa peine, à quelques mètres de là, dans un des cachots de la prison. Celle-ci se trouvait alors dans l’aile gauche du Palais de Justice, ce superbe édifice qui confronte plusieurs styles et matériaux, témoins de ses différentes périodes de construction : gothique flamboyant en pierre blonde quand il fut le Palais du Parlement dauphinois au XVe siècle, renaissant en calcaire bleu pour l’aile droite sous François Ier et, à l’intérieur, classique pour les plafonds. Après avoir dépassé la statue du « Chevalier sans peur et sans reproche », on tombe sur la collégiale St André. L’ancienne chapelle du palais delphinal du XIIIe siècle aux sévères murs de brique rouge, arbore sur sa tour une superbe flèche octogonale de tuf argenté. A l’intérieur une Mise au tombeau du peintre lyonnais Horace Le Blanc voisine avec le mausolée de Bayard (XVIIe siècle), conservé dans le transept.
Au gré de notre déambulation, nos pas nous mènent jusqu’à la place de Gordes devant la façade de l’hôtel particulier du fameux duc de Lesdiguières, connétable haut en couleurs et habile administrateur qui fit des travaux importants pour la ville, sous Henri IV. La demeure qu’il occupait devint, un siècle et demi plus tard, l’hôtel de l’Intendance du Dauphiné, puis le siège de l’Hôtel de Ville jusqu’en 1967. Aujourd’hui, deux de ses élégants salons XVIIIe, aux parquets et boiseries signés Hache, abritent le Musée Stendhal. On y trouve des manuscrits et des éditions originales de l’auteur ainsi qu’une série de portraits familiaux et personnels.
Poussons plus loin jusqu’à la Place Notre-Dame, en passant par la pittoresque place aux Herbes, très animée avec son marché matinal. Avant d’atteindre la cathédrale, on prend plaisir à s’arrêter devant le n° 8 de la rue Chenoise. Le remarquable escalier d’époque classique de l’hôtel d’Ornacieux s’offre à nos yeux, à travers la baie vitrée. Tout près, on aperçoit le clocher-porche de Notre-Dame. De fondation préromane, puisqu’il appartenait au groupe épiscopal primitif, l’édifice a été remanié jusqu’à nos jours. A l’intérieur, un ciborium en pierre sculptée de style flamboyant (XVe). Juste à côté, au musée du Patrimoine de l’Isère, accessible depuis le sous-sol du Palais des Evêques, un des plus anciens baptistères paléo-chrétiens (IVe siècle) doté d’une cuve d’immersion octogonale, nous rappelle les débuts de la vocation épiscopale de Grenoble. Trouvé sous la cathédrale lors de la construction du tramway, avec des éléments de l’enceinte gallo-romaine sur laquelle la cité d’alors prenait appui, il est dans un état exceptionnel de conservation. Au rez-de-chaussée de l’ancien évêché, un remarquable arsenal de collections nous permet d’approcher l’histoire des évêques de Grenoble et de porter un nouveau regard sur le patrimoine régional.
En quittant le parvis pour la rue Barnave, l’hôtel François Marc, au n° 22, se distingue par son arc ogival, avec son lion de St Marc sculpté, d’époque gothique. Le porche couvert, voûté d’ogives et l’escalier à vis, restent les témoins de l’heureuse réutilisation du parcellaire médiéval aux époques renaissante et classique. Un peu plus loin, rue Raoul Blanchard, le Lycée international Stendhal, où ce dernier fit ses études, occupe l’ancien collège des Jésuites du XVIIe siècle. Il ne faut pas manquer l’escalier d’honneur dont les murs et le plafond exhibent un cadran solaire (XVIIe siècle) d’un remarquable intérêt astronomique, de par ses dimensions (100 m ?), qui lui permettent une réflexion unique au monde. La contemplation de ce chef d’oeuvre sur les pas d’Henri Beyle alias Stendhal, sera le point d’orgue de cette redécouverte du coeur historique de Grenoble, capitale des Alpes Françaises.
Des visites conférences et circuits guidés sont organisés par l’Office de Tourisme de Grenoble.
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