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Escapades

Le Vercors, lieu de mémoire et de plaisirs

Tel est un des paradoxes de ce pays très rude barrant le Nord des Alpes des plaines plus chaudes du Midi.

Visible de toutes part, de Lyon, de Grenoble, sa très haute silhouette massive est une véritable barre de calcaire s’étalant sur les départements de l’Isère et de la Drôme. Mais cet aspect lointain, lourd, imposant et très austère s’estompe bien vite à son approche. Couvert de très riches forêts de feuillus et de résineux, gorgé d’eau, souterraines ou affluents en ruisseaux, cascades, torrents et rivières, le Vercors se métamorphose au fil de sa découverte en une terre riante, presque méridionale.

Le massif, profondément entaillé par différents affluents de l’Isère, et particulièrement par la Bourne et la Vernaison, a longtemps été séparé en deux pays, retranchés sur leur identité, inaccessibles de l’un à l’autre. La partie nord, celle dite des “ montagnes de Lans “ est terre de pâturages à l’économie tournée vers Grenoble et sa région. La seconde, appelée “Vercors central” ou “Vercors historique”, surplombe la Vernaison. Longtemps isolée, elle a enfin pu accéder “facilement” au sud du Dauphiné, sa prolongation naturelle, après l’ouverture de la route des Grands Goulets. Cet ouvrage d’art parmi les plus impressionnant du monde a été réalisé durant la deuxième moitié du 19ème siècle. Creusé le long du lit de la Vernaison, il relie Pont-en-Royans à Die, dans la Drôme, en passant par la Chapelle-en-Vercors. Sa construction dura dix ans. Aux Grands Goulets, point d’orgue de cet ouvrage hallucinant, la lumière n’arrive jamais. En équilibre sur le rebord d’un précipice, les cascades de la rivière rugissant en contrebas, la route passe à travers un défilé à peine assez large pour que deux voitures se croisent. À cet endroit les falaises de calcaire forment d’énormes rideaux protégeant un monde végétal et minéral où ne règnent qu’obscurité et humidité. Après quelques tunnels encore inquiétants, la route débouche d’un coup au cœur même du Vercors, aux Baraques.

Vernaison, Bourne, et bien d’autres cours d’eau ont creusé depuis la nuit des temps un monde souterrain exceptionnel fait de galeries et de grottes explorées par tous les clubs spéléologiques de France. Mais cette très grande richesse souterraine ne doit pas faire oublier l’exceptionnelle beauté des paysages du Vercors. Le Parc Naturel Régional qui recouvre une partie de son territoire est vaste de 175 000 hectares et est traversé par de prestigieux sentiers de grande randonnée, parmi lesquels le fameux GR91.

La moitié du Vercors est faite de forêts, hêtraies, sapinières et forêts de pins à crochets, abritant une faune et une flore d’une très grande richesse. Dans le Vercors, on croise les traces des chamois, des cerfs, des chevreuils, des mouflons et des bouquetins, sur la neige ou dans l’herbe fraîche des pâturages. Dans cette belle nature, une Réserve Naturelle, celle dite des Hauts Plateaux, a la particularité de n’être traversée par aucune route. C’est ici que se trouvent les deux points culminants du Vercors, le Grand Veymont, qui culmine à 2341 mètres et le très caractéristique Mont-Aiguille (2041 m), des montagnes arides où l’eau est rare et la faune abondante... L’hiver, des randonnées en raquettes ou en ski de fond permettent de parcourir ces hauts plateaux en faisant halte de villages en villages.

À Saint-Martin, par exemple, au microclimat souvent doux et ensoleillé, le tourisme s’est développé il y a plus d’un siècle déjà, métamorphosant un petit bourg agricole et industriel en une très jolie villégiature encore prisée de nos jours. Un exposition, la caverne de l’ours, y retrace également l’histoire agitée unissant l’homme au terrible mammifère, disparu de ces régions depuis 1937.

L’Histoire, l’autre, la grande, a quant à elle, laissé ses terribles traces dans le massif du Vercors. Situé en zone libre, le massif est, dans un premier temps, un lieu de refuge pour les personnes pourchassées par le régime de Vichy. En novembre 1942, après l’invasion de la zone sud, il devient le cœur d’un très important mouvement de résistance, connu sous le terme générique de “maquis du Vercors”. Sa géographie particulière, faite de falaises gigantesques, fait naître l’idée folle d’un vaste aéroport clandestin qui aurait dû accueillir les avions alliés lors du débarquement attendu en Provence. Les choses ne se sont pas exactement passées comme cela avait été prévu. Les alliés débarquent très loin de là, en Normandie, et en fait d’avions se sont les planeurs de la Waffen-SS qui atterrissent le 21 juillet 1944 sur le plateau de Vassieux-en-Vercors. Surpris, les maquisards sont, pour la plupart, tués sur place.

Tout le Vercors a été le théâtre de combats et d’actes de résistance à la fin de la deuxième guerre mondiale. Un parcours symbolique a été tracé à travers ces innombrables sites, lieux de mémoire toujours vivants. Sous un if planté, une simple plaque de bronze égrène dans de nombreux villages, de nombreuses forêts, les hauts faits des maquisards morts pour la démocratie. À Chapelle-en-Vercors, subsiste la cour où seize adolescents furent fusillés le 25 juillet 1944. La grotte de la Luire, hôpital de campagne de la résistance où un effroyable massacre de blessés et la déportation de toutes les infirmières qui y travaillaient y furent perpétrés, est également un des hauts lieux de recueillement de ce pèlerinage patriotique qui se termine au Mémorial du Vercors. Construit sur la commune de Vassieux-en-Vercors, au Col de la Chau, ce mémorial n’est pas un musée d’objet. Son architecture très forte, enchâssée dans la roche de la montagne, en bordure d’une falaise, déploie au fil des salles une réflexion poignante sur la guerre, la résistance, le totalitarisme et la liberté.

Toujours à Vassieux, un Musée de la Préhistoire, classé aux Monuments Historiques, s’est développé sur le site conservé tel qu’il fût abandonné d’un très grand atelier de tailleurs de lames datant de 1.500 avant notre ère.

 
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