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Montpellier, au cœur de l’écusson
A la différence des villes qui l’entourent comme Arles, Nîmes, Lodève ou Narbonne ... d’implantation gallo-romaine, Montpellier est médiévale. Elle vient d’ailleurs de fêter son millénaire, il y a tout juste quinze ans !
Monspestellarius, son étymologie est sujette à caution ... Toujours est-il qu’un certain Guilhem de Gellone - le premier de la dynastie - hérita du comte de Melgueil, en 985, une propriété rurale située sur un lieu privilégié, clé sans doute du fulgurant essor de la ville, dès son implantation. En effet, au nord passait l’antique via Domitia, au sud le cami salinié - route du sel - en provenance des étangs du cordon littoral à une dizaine de kilomètres. Enfin, Montpellier constituait la troisième étape sur le cami roumieu, après Arles et St Gilles, pour les nombreux pèlerins en route vers St Jacques-de-Compostelle. De plus, la navigabilité du Lez jusqu’au port de Lattes, aujourd’hui ensablé, lui permettait une ouverture sur la Méditerranée et le commerce maritime.
En débutant notre circuit par la Place de la Comédie, la plus animée de la ville, on est à l’intersection des quartiers récemment aménagés - Triangle, Polygone, Antigone - et du tissu urbain médiéval. Au centre, l’ancienne « Place de l’Oeuf », matérialisée au sol par un liseré en marbre rouge, fut créée avec son théâtre au XVIIIe siècle. Elle s’est depuis considérablement agrandie, en un vaste espace piétonnier dallé de marbre blanc. En levant le nez, on remarque les toits d’ardoises des coupoles et les façades néo-renaissantes des immeubles bourgeois avec colonnes, cariatides, frontons et guirlandes sculptées, qui attestent de l’influence parisienne, fin XIXe. Au fond, le Théâtre dessiné par Cassien-Bernard, élève de l’architecte de l’Opéra de Paris. En son sommet, l’attique à balustrades rappelle, avec les toits de tuiles rouges du début de la rue des Etuves, la proximité de la Méditerranée. Autour de l’horloge centrale, des allégories de la musique et de la danse font écho aux Trois Grâces, figures de proue de la fontaine XVIIIe, à quelques mètres. En entrant dans le centre historique, surnommé l’Ecusson du fait de la forme qu’a laissé l’ancienne muraille, on est frappé par l’étroitesse des ruelles tortueuses. Régulièrement sablés et bien entretenus, de nombreux hôtels particuliers cachent d’intéressants mélanges d’architecture médiévale et classique. Place Pétrarque, l’Hôtel de Varennes est un exemple de réutilisation au XVIIIe siècle, de parcelles patriciennes réunies par un escalier suspendu, progrès certain sur l’ancienne vis étroite et mal aérée. Le porche couvert, voûté d’arêtes et de croisées d’ogives, la loge en berceau brisé et les trois salles gothiques parfaitement conservées, témoignent de l’époque médiévale. Un puits dans la seconde cour rappelle que Montpellier a été construite sur une nappe phréatique, autre élément qui a contribué à son rapide développement. Des baies géminées aux arcs brisées et trilobées pour les unes, en plein cintre pour les autres, ont été récupérées dans des maisons du quartier Foch, démolies à l’époque des trouées haussmaniennes du XIXe siècle et intégrées à l’ensemble. Un dépot lapidaire conserve des colonnes d’églises détruites pendant la Réforme, et les copies des gisants du pape Urbain V et de Jacques 1er d’Aragon, sur des sarcophages wisigothiques. A l’extérieur la façade XVIIIe, avec son balcon légèrement bombé, soutenu par de baroques consoles en rocailles, ne laisse rien transparaître de cet élégant patchwork architectural. Juste à côté, rue Embouque d’Or, les Hôtels Baschy de Cayla et de Manse (XVIIIe) abritent des « cours à l’antique ». Colonnes intégrées ou libres, aux chapiteaux doriques, arcs en anse de panier aux clefs sculptées de mascarons, pour le premier. Des colonnes d’ordre ionique et corinthien sur deux niveaux, surmontées de pots à feu, ornent le remarquable escalier sur trompes, dans le second. Après avoir foulé le pavé dans la quiétude de la rue de la Petite Loge - quartier des poivriers au Moyen Age - on débouche au milieu des terrasses bariolées des cafés de la Place Jean Jaurès. Là, les pèlerins de St Jacques se rassemblaient sur le parvis de Notre-Dame des Tables - une des premières églises des Guilhem, détruite pendant les guerres de religion. Passé le quartier de la Préfecture, du haut de la Place de la Canourgue, la plus élevée de la ville, on aperçoit les pinacles dentelés de la Cathédrale St Pierre. C’est le seul vestige des édifices religieux montpelliérains de l’époque médiévale. Sa façade-forteresse surprend. Porche à baldaquin soutenu par deux piles monumentales aux accents avignonnais - les architectes d’Urbain V l’ont érigée dans la moitié du XIVe siècle. Elle forme un ensemble avec la Faculté de Médecine, la plus ancienne d’Europe. L’ancien monastère bénédictin et sa chapelle deviendront le siège de l’Evêché au XVIe siècle. Sa nef unique, bel exemple du gothique méridional et le choretto, galerie Est du cloître voûté d’ogives, aux lumineuses ouvertures tréflées, ont résisté aux assauts de la Réforme. Le reste de l’édifice date d’époques successives. On conclut notre visite de l’Ecusson, à deux pas, en haut de l’Arc de Triomphe, construit fin XVIIe à la gloire de Louis XIV. De là-haut, on peut balayer l’horizon. Au sud, la mer et les étangs, au nord le Pic St Loup et son causse caractéristique. Dans l’axe principal de la ville, ouest-est, on aperçoit, en contrebas, la parfaite symétrie de la Place du Peyrou. Des jardins à la française agrémentés d’imposants magnolias et d’une longue haie de platanes impeccablement taillés, s’organisent autour de la statue du Roi Soleil, dans le même esprit que lors de sa construction tout au long du XVIIIe siècle. Un marché quotidien vient, depuis peu, redonner un peu de vie à cet espace un peu hiératique. Au bout, la place des eaux conclut l’ensemble, avec l’élégant Château d’Eau, style Louis XVI, aux arcs en plein cintre qui répondent
à celui de l’Arc de Triomphe dans son prolongement exact. Neptunes et naïades sur les clefs voisinent avec des guirlandes de coquillages. A ses pieds, amenant l’eau des sources du Lez sur 14 kms, la partie aérienne de l’Acqueduc St Clément (XVIIIe) montre sans conteste l’influence du Pont du Gard sur son auteur, l’ingénieur Pitot.
Pervenche Lotton
Des visites guidées du Centre Historique vous sont régulièrement proposées par l’Office de Tourisme de Montpellier.
Pour tout renseignement : Tél : 04 67 60 19 19
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