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La Ciotat, aux portes de la Côte d’Azur
La Ciotat, petite station balnéaire encore authentique, est connue dans le monde entier pour ce qu’elle n’est plus : un grand centre industriel vivant de ses chantiers navals.
La crise aidant, les chantiers ont fermé leurs portes les uns après les autres, ne laissant aux "Ciotadens", les habitants des lieux, que leur joli littoral, leur climat exceptionnel et quelques grands moments du passé pour se reconstruire une place au soleil. Chose qu’ils ne se sont pas privés de faire.
Au 19ème siècle déjà, de grands poètes romantiques, Lamartine en tête, ont chanté les splendeurs de ses rives. De passage en 1832, le chef de fil des romantiques s’extasiait sur la beauté du site et la douceur qui s’en dégageait. À la même époque, dans son "Mémoires d’un touriste", Stendhal décrétait hésiter entre Grasse et La Ciotat pour "habiter une petite ville en France".
Il est vrai que le site est enchanteur. À l’ouest du splendide Golfe d’Amour, les plus hautes falaises d’Europe (elles culminent presque à 400 mètres) plongent dans une mer paradisiaque. De très belles calanques, celle du Mugel et de Figuerolles découpent la côte. De nombreux artistes ne s’y sont pas mépris, tel Braque, un des grands maître du cubisme, qui s’y installa à une époque et qui peignit nombre de vues du port et des calanques.
C’est pourtant grâce au plus jeune des arts que La Ciotat connut une certaine célébrité dans le monde culturel. Le comédien Michel Simon, éternel Boudu sauvé des eaux, y acheta lui aussi une maison où il vécut de grandes périodes de sa vie. C’est aux frères Lumière pourtant que revient la palme de la notoriété cinématogra-phique. Le père, Antoine Lumière, riche industriel lyonnais, qui avait fortune dans la photographie s’y installa en 1891. Dans son très beau domaine du "Clos des Plages", il pousse ses deux fils, Antoine et Louis, dans leurs recherches sur les images en mouvement. Dans le sillage du kinescope inventé par Thomas Edison, ils s’attaquent à la fabrication d’un appareil plus léger, capable d’envoyer l’image "vivante" sur grand écran. Leurs efforts seront rapidement couronnés de succès puisque le 21 septembre 1895, le premier film de l’histoire du 7ème art est projeté dans la propriété familiale devant cent cinquante personnes ébahies. "L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat", ne sera vu par le public parisien que trois mois plus tard. Suite à cette première projection privée, de nombreuses autres suivront à l’Eden-Théâtre, considéré, à juste titre, comme le plus ancien cinéma du monde. Racheté par la municipalité en 1992, le bâtiment a été inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques et il a fait actuellement l’objet d’un vaste projet de réhabilitation. Un festival "berceau du cinéma" y a trouvé très naturellement sa place, ainsi qu’un autre réservé à l’écriture de scénari.
Deux musées retracent les grands moments de cette histoire particulière. L’Espace Simon Lumière conserve de vieux appareils cinématographiques et des documents d’archive sur les Frères Lumière ainsi que des photos, des lettres ou des tableaux des visiteurs importants de la cité. Le Musée de La Ciotat est, quant à lui, animé par "les Amis du vieux La Ciotat". Ses quinze salles survolent les heures fastes des chantiers navals, les activités de la pêche, toujours très vivantes, la naissance du cinématographe. Une salle est consacrée à l’autre grande invention ciotadenne : la pétanque.
Une plaque commémore d’ailleurs ce moment historique au terrain de la Boule Étoilée où eut lieu la première partie en 1910. Jules Lenoir, commerçant aisé et rhumatisant, s’amusant à tirer les boules, assis sur sa chaise, les pieds "tanqués", d’où le nom de pétanque. L’idée a séduit les spectateurs vieillissant et on connaît le succès de ce jeu tellement méridional. Créés dès le début du 17e siècle, les chantiers navals ont connu leur véritable développement industriel grâce à Louis Benet, qui les acquis en 1836. Ils ont constitué le poumon économique de la cité durant tout le 10e siècle et une grande partie du 20e. Après la crise de la construction navale lourde, les chantiers navals ont du renoncer à cette activité.
Aujourd’hui, le pôle naval est en pleine renaissance, puisqu’en effet, La Ciotat vient d’obtenir la mise en place d’un outillage exceptionnel, un “ascenseur à bateaux”, qui permettra de développer un chantier de maintenance et de réparations de haute plaisance, qui accueillera des yachts de 30 à 120 mètres. La Ciotat deviendra ainsi le principal
chantier de haute plaisance en Méditerrannée.
Fleurons architecturaux de la ville, les chapelles et les églises ne manquent pas. Typiques de la Contre-Réforme, les deux chapelles des Pénitents bleus et des Pénitents noirs rivalisent avec le temple des ex-votos de marins et de pêcheurs, perché sur les hauteurs de la ville, la Chapelle Notre-Dame de la Garde. Ici aussi, comme à Marseille, un Vieux Port domine la rade, consacré par l’église Notre-Dame de l’Assomption. D’anciens couvents, d’anciens collèges, un hôpital désaffecté sont autant de traces de la richesse passée.
La Ciotat d’aujourd’hui est entièrement tournée vers la mer. Véritable station balnéaire où toutes les activités nautiques sont possibles, l’ancienne ville industrielle met désormais en avant ses plages et ses richesses naturelles. Site exceptionnel, niché dans la roche d’où descendent des terrasses plantées de pins et de figuiers, la calanque du Mugel abrite un parc naturel de toute beauté. A quelques centaines de mètres, la calanque de Figuerolles offre un abri d’exception aux bateaux qui mouillent au large. Elle est très connue des plongeurs qui s’élancent dans les eaux cristallines à partir de beaux rochers, comme la “Tête-du-Capucin” ou le “Bec-de-l’Aigle”. Deux autres calanques tout aussi enchanteresses sont à découvrir sur l’Ile Verte, à dix minutes du port, autre réserve naturelle qui reste la seule île boisée des Bouches-du-Rhône.
Saskia Lebon
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