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Escapades

À travers les plus anciens quartiers Marseillais

Une promenade qui s’étire du Vieux Port à la Vieille Charité.

Tout commence par la Canebière,
la grande artère du cœur de la ville, tracée lors des agrandissements urbains décidés par Louis XIV en 1666. Elle tire son nom des anciennes corporations de cordiers qui y tenaient boutique depuis le Moyen Age. Son nom provient du mot provençal canebe qui désigne le chanvre.
La Canebière, dans sa configuration actuelle qui s’étend de l’église des Réformés au Vieux Port ne date que de 1928. Elle connut ses plus belles heures de gloire sous la Troisième République, réputée dans toute l’Europe pour ses grands magasins fastueux, ses hôtels de luxe et l’intense vie artistique et intellectuelle qui se déroulait dans ses innombrables brasseries. L’indépendance des anciens pays coloniaux porta un très rude coup à l’économie marseillaise, la Canebière n’y échappa évidemment pas, de nombreuses enseignes prestigieuses tombèrent en désuétude et la belle avenue se métamorphosa en un terne no man’s land. Mais depuis quelques temps, la Canebière est à nouveau le cœur de la cité portuaire, d’importants chantiers de réhabilitation fleurissant à chaque angle, qui débouche sur les bassins du Vieux Port. Son aspect actuel date lui aussi du règne du Roi Soleil qui ordonna la construction des deux forts, Saint-Nicolas au sud et Saint-Jean au nord, gardiens de la cité et de ses richesses. Mais, plus que ces deux imposantes silhouettes guerrières, celle à jamais disparue du Pont Transbordeur, restera pour tous les Marseillais le symbole de leur port. Inauguré en 1905, cet ouvrage métallique, qui reliait les deux forts, a été réalisé par les Ateliers Arnodin. Il a été entièrement démonté après la deuxième guerre, une de ces pilles ayant été gravement endommagée par l’explosion du dépôt de munitions entreposées au Fort Saint-Jean.

Autre symbole, et non moins fort, du Vieux Port, le ferry-boat cher à Marcel Pagnol, qui relia durant un siècle (1880-1983), la Mairie à la Place aux Huiles. Il a repris ses allers-retours pour le plus grand bonheurs de tous. Cette partie de Marseille a particulièrement souffert des exactions allemandes. Selon une annonce officielle du 14 janvier 1943, l’armée d’occupation considérait l’ancien comptoir grec comme " le chancre de l’Europe, une ville à épurer "... Presque deux mille immeubles furent détruits dans ce périmètre historique en février 1943. Seuls quelques palais magnifiques, comme l’Hôtel de Ville, la Maison Diamantée et l’Hôtel de Cabre trouvèrent grâce aux yeux des destructeurs. Ce sont deux architectes marseillais, Fernand Pouillon et Gaston Castel qui, après le conflit, eurent la charge de reconstruire le quartier du Quai du Port et de reloger les 25000 personnes déplacées par les Allemands.
L’Hôtel de Cabre, situé à l’angle de la Grand-Rue et de la rue de la Bonneterie, est une des plus anciennes maisons de Marseille. Curieux édifice mi-gothique, mi-renaissance, il a dû être déplacé à 90° degrés, par un ingénieux système de vérin, pour se retrouver dans le nouvel alignement des quartiers reconstruits.
À quelques pas de là, l’Hôtel-Dieu est depuis sa création au 12ème siècle, un des hauts lieux européens des avancées médicales. C’est là qu’en 1745, l’oculiste Jacques Daviel, réalisa la première opération de la cataracte par extraction du cristallin. C’est toujours dans ce très ancien quartier que subsiste une des plus étonnantes maisons patriciennes du plus pur style maniériste provençal, la Maison Diamantée, reconnaissable entre toutes par le bossage en pointe de diamant de sa façade. Presque détruite au début du 20ème siècle, elle est maintenant classée aux Monuments Historiques et elle abrite, depuis 1967, le musée du Vieux-Marseille.

Non loin de là, visibles de toutes parts, les tours des cathédrales, la Vieille et la Nouvelle Major, s’emmêlent dans un très beau désordre stylistique. Plusieurs édifices se sont succédés à cet endroit depuis le 5ème siècle. La Vieille Major date de la seconde moitié du 12ème siècle. Bel exemple d’architecture romane provençale, elle abrite un impressionnant baptistère paléochrétien, mis au jour et réenfoui lors de la construction de la Nouvelle Major sous le règne de Louis-Napoléon Bonaparte en 1852. Ses dimensions sont à l’image du gigantisme de la ville au 19ème siècle : la coupole principale, qui donne tout son cachet à ce style romano-byzantin, ne mesure pas moins de 70 mètres de hauteur et 18 mètres de diamètre.
Dernière coupole " fameuse " des vieux quartiers s’étendant au nord du Vieux Port, celui de la Vieille Charité, qui ne doit son salut qu’à l’intervention d’un des plus grands architectes du 20ème siècle : Le Corbusier. Ancien Hôpital Général construit en 1670 par Pierre Puget, fécond architecte du Roi, il est destiné dès la pose de sa première pierre à " renfermer dans un lieu propre et choisi les pauvres natifs de Marseille ". Quatre ailes de bâtiment fermés sur l’extérieur s’ouvrent sur une vaste cour intérieure par une galerie à trois niveaux. La chapelle de la cour est, par son dôme, un pur exemple de baroque italien. Jamais complètement terminée, la Vieille Charité a été tour à tour orphelinat, hospice pour vieillard indigents et lieu de refuge pour les plus démunis. Remarquablement restaurée, alors qu’elle était vouée à la démolition, la Vieille Charité est désormais un des centres pluri-disciplinaires les plus pointus de France. Lieu d’accueil de très grandes expositions artistiques, elle se consacre également à la divulgation de la culture scientifique auprès d’un public toujours plus nombreux.

Le quartier qui l’entoure, celui du Panier, un des plus vieux de l’Hexagone, est lui aussi en pleine rénovation urbanistique et architecturale. Il est dominé par la Place des Moulins, point culminant de la vieille ville, un lieu habité lui aussi depuis l’Antiquité, comme nombre de ruelles de ce coin préservé du vieux Marseille.

Saskia Leblon

 
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