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Aubagne, le cœur de la Provence
Un seul nom suffit pour parler de la jolie cité des bords de l’Huveaune : Marcel Pagnol. Il y est né, cours Barthélemy, le 28 février 1895 et fera de la petite ville de son enfance le centre de toute son œuvre littéraire et cinématographique.
Mais Aubagne n’a pas attendu le 20ème siècle pour connaître la prospérité. Au 12ème siècle, la ville qui possédait déjà sept portes s’agrandit considérablement en doublant l’étendue de ses remparts (dont une trace est encore visible à partir de la porte Galichou, la plus ancienne). Seize portes donnent alors accès au cœur de la cité. Aujourd’hui, leur souvenir se perpétue à travers les seize plaques de céramiques “jaune aubagnais”, la couleur de la ville, la nouvelle enceinte du très beau centre historique.
Deux clochers signent tout particulièrement les vues typiques d’Aubagne : celui de l’Église Saint-Sauveur, érigée au 11ème siècle, à deux pas de l’ancien
château seigneurial, et l’extraordinaire clocher triangulaire de l’Observance, qui date pour sa part du 17ème.
Aubagne, qui compte de nos jours 43.000 habitants, n’est située qu’à quelques kilomètres de la Méditerranée et des calanques de Cassis. Dominée par deux massifs de moyenne altitude, celui du Garlaban et celui de la Sainte-Baume, elle est entourée d’une très belle campagne, celle de Pagnol justement, propice à de nombreuses balades.
Avant de la quitter, à pied, en calèche ou en VTT, une longue promenade s’impose par les ruelles, les placettes, typiques de cette partie de Provence. Un arrêt s’impose à
l’Église des Pénitents Blancs, à la très belle façade baroque, à celle des Pénitents Noirs, à la façade inspirée du Panthéon de Rome, le premier lieu de vote des Aubagnais, après la Révolution. Un ancien hôtel particulier, l’Hôtel de Beausset, rue Laget, possède encore un remarquable témoignage de la première Renaissance Provençale : de très belles fenêtres décorées de linteaux ouvragés. Autre repère visuel de la ville, la Tour de l’Horloge est un monument érigé en 1900. Ses cadrans sont orientés selon les quatre points cardinaux.
Ce très riche patrimoine architectural s’enorgueillit de quelques beaux exemples d’art religieux, comme “la Vierge à l’enfant”, attribuée à Pierre Puget ou le grand tableau de la “Transfiguration” de Michel Serres, à admirer à l’intérieur de Saint-Sauveur. L’église qui possède également un extraordinaire maître-autel de marbres polychromes, œuvre d’un artiste milanais.
Mais Aubagne, dans l’imaginaire collectif, est avant tout la ville du “petit Marcel”, celui qui devint le “grand Pagnol”. Né à Aubagne, il n’y vivra pas vraiment. Rapidement, son père instituteur à l’école Lakanal, devenue depuis l’Université de l’Image et du Son, est muté à Marseille. Là, Marcel fit ses études au lycée Thiers, compagnon d’un autre “grand” de la littérature française, Albert Cohen, l’auteur de “Belle du Seigneur”. Aubagne et ses collines sont pour la famille Pagnol, désormais Marseillaise, le refuge des vacances d’été. À la Bastide Neuve, près de la Terre Rouge, du Taoumé, et du Garlaban, Marcel, et Paul, de trois ans son cadet, apprennent chaque année l’amour de la nature et de la vie aux champs. C’est à partir de ces souvenirs d’été engrangés au fil des ans que Marcel Pagnol nourrira ses pièces de théâtres, ses romans et ses films qui très vite le rendirent célèbre.
Aubagne n’a pas été ingrate avec son illustre fils. L’ancien kiosque à musique de l’Esplanade Charles de Gaulle abrite maintenant “Le petit Monde de Marcel Pagnol”, une reconstitution très réussie des moments d’anthologie de son œuvre par les plus grands santonniers aubagnais. Un circuit pédestre de 9 kilomètres, dans les pas du maître est également proposé tous les derniers dimanche du mois (sauf pendant l’été) aux multiples amoureux(ses) de Manon des Sources et de Jean de Florette. D’autres circuits, en compagnie d’un âne, en attelage, en bus climatisé, permettent d’approcher les endroits mythiques où des cinéastes comme Yves Robert ou Claude Berry ont tenté de redonner vie à cette ancienne Provence.
Aubagne, terre de céramique
Grâce à sa terre particulière, une argile incomparable selon les spécialistes, Aubagne est depuis l’Antiquité un des grands centres de céramique du Sud de la France. C’est au 16ème siècle que les premiers potiers viennent s’installer en masse à Aubagne. Ils s’appellent Catani, Franco, ou Borelli et sont spécialisés dans la fabrication de tuiles, de pots de pharmacie, de vaisselle utilitaire ou décorative. Depuis l’époque de ces pionniers, l’activité céramique ne s’est jamais essoufflée. Des familles importantes se sont fait leur nom à travers l’art de la terre : ce sont les Richelme, Marius Delcroix, Louis Sicard et sa fille Thérèse Neveu, la plus célèbre de tous, ou encore les sœurs Gastine, distinguées à l’exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925.
Ce sont les Santons, le domaine où excella Thérèse Neveu, qui ont donné ses plus grandes lettres de noblesse à la céramique Aubagnaise. Exportés jusqu’aux Etats-Unis, les Santons Provençaux, petites figurines multicolores décorées et inventées au gré et à la fantaisie de chaque artiste, sont devenus un des moteurs économiques de la région. Une quarantaine d’artisans en perpétuent la tradition, tandis que deux grandes manifestations les mettent à l’honneur : la Biennale Argilla, à la mi-août, qui accueille des potiers venus de toute la France, et la Biennale de l’Art Santonnier, se partagent le calendrier dédié à l’art céramique une année sur deux. Elles accueillent des milliers de visiteurs qui se pressent également à la Foire aux Santons du mois de décembre.
Pour ceux qui ne peuvent assister à ces manifestations ponctuelles, le très beau musée Thérèse Neveu, installé dans la maison où la grande santonnière inventa ses milliers de personnages, est le passage obligé pour tout amateur de terres colorées. La visite se prolonge naturellement par celle du Petit Monde de Marcel Pagnol, ou du Moulin à huile, autre ode à l’art santonnier.
Saskia LEBLON
Photo : SIM Aubagne
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