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Escapades

Promenade dans le vieux Lyon

Entre patrimoine architectural ancien, traboules et bouchons : un quartier convivial à découvrir et à vivre.

Ancien fief des « soyeux », où artisans, ouvriers, négociants et banquiers constituaient le coeur battant de la cité, le Vieux-Lyon s’étale entre la Saône et la colline de Fourvière. François 1er fut à l’origine de son développement, à la Renaissance, en lui donnant le privilège de tisser la soie. Cette activité durera jusqu’au XVIIIe siècle. Il subsiste dans ce quartier, un remarquable ensemble architectural roman, gothique et renaissant avec notamment, des galeries hautes sur cour dont la ville peut s’enorgueillir. A cela s’ajoutent les fameuses traboules - passages intérieurs communs à un ou plusieurs immeubles permettant de circuler rapidement d’une rue à l’autre, sans ressortir. Mais cette partie de l’ancienne capitale des Gaules sait aussi festoyer avec ses conviviaux bouchons et s’esclaffer avec les évocations de l’ineffable Guignol.

Notre promenade débute place St Jean, ancien centre de la cité épiscopale. Une fontaine d’inspiration Renaissance trône en son centre et la sculpture ornementale, figurant le baptême du Christ, fait écho à la primatiale St Jean située sur le côté Est. Siège du « Primat des Gaules » - d’où son nom - cette cathédrale fut édifiée jusqu’au XIVe siècle sur un socle paléo-chrétien. Sa façade tripartite gothique se distingue par ses trois portails à gâbles dentelés, ses tours latérales enserrées dans de puissants contreforts et son pignon central triangulaire, avec la statue de Dieu le Père en son sommet. Plus de trois cents médaillons sur les tympans illustrent des scènes de la Génèse, du Zodiaque, de la vie des saints ou de l’Apocalypse. A l’intérieur, on est frappé par l’absence de déambulatoire, trait caractéristique des églises du Lyonnais. Contrastant avec les arcatures aveugles de l’abside - éléments romans - la chapelle des Bourbons affiche sa riche et nerveuse ornementation, dans un langage gothique flamboyant. La primatiale recèle aussi des vitraux conservés depuis le XIIIe siècle et le plus important fonds pictural de la ville, après les musées. Enfin, l’horloge astronomique, avec ses pots à feu, ses consoles à volutes et ses cartouches caractéristiques, constitue la curiosité du lieu, dans le croisillon gauche du transept.
En ressortant, la Manécanterie, qui abrite l’école des jeunes choristes de la cathédrale dont l’origine remonte à Charlemagne, exhibe sa façade romane enrichie d’incrustations polychromes. Construit vers 1200, c’est le plus ancien édifice civil médiéval lyonnais. En prenant la rue St Etienne, on aboutit bientôt au Jardin archéologique. Ce lieu, que l’on destinait à l’extension du Palais de Justice, a changé de vocation après la découverte des vestiges des trois églises qui formaient autrefois le groupe cathédral : Ste Croix, St Etienne et l’église primitive St Jean.
Un peu plus loin, la rue St Jean, autrefois artère principale du vieux quartier, est restée conviviale, vivante et commerçante. Elle est connue pour ses nombreux bouchons et jalonnée de nombreux hôtels particuliers. C’est en flânant que l’on découvrira leurs spécificités architecturales marquées surtout par le gothique flamboyant et par la Renaissance.
Au n° 37, L’Hôtel du Chamarier abritait le clerc de la primatiale, responsable des dépenses du chapitre et de la garde du cloître. Vaste escalier à vis, d’une largeur inhabituelle, fenêtres à claire-voie et façade de style gothique flamboyant restaurée au XIXe siècle. A quelques pas, au n°50, une maison patricienne édifiée au XIVe siècle, ornée des armes de la famille Bullioud, a été remanié au XVIe siècle avec, notamment, un escalier à vis et une cour agrémentées de galeries. Presque à côté, le n°60 illustre aussi la Renaissance italienne, avec la Maison des Avocats. La façade qui fait l’angle avec la rue de la Bombarde et les galeries sur cour à arcades retombant sur de puissantes colonnes, en sont un bel exemple. En revenant quelques mètres en avant, le n°54 nous offre l’occasion d’emprunter sans plus tarder, la plus longue traboule du vieux quartier. Après avoir successivement traversé ... cinq cours jalonnées de passages à galeries, balcons-galeries et autres ouvertures en anse de panier ... on rejoint le n°27 de la rue du Bœuf, hôtel renaissant aux fenêtres à meneaux. La traboule sait en effet, joindre l’utile à l’agréable. Car on gagne encore ici un précieux temps en passant du n°27 de la rue St Jean, quittant une demeure du XVIe siècle aux fenêtres à meneaux ornées de pilastres cannelés, pour aboutir, après avoir traversé deux cours, au n°6 de la rue des Trois-Maries (la Vierge, Marie-Salomé et Marie-Madeleine), après avoir déambulé dans d’élégantes galeries et un remarquable escalier en semi-vis ... Quelques rues plus loin, au n°8 de la rue Juiverie trône l’Hôtel Bullioud, fleuron architectural lyonnais. L’une de ses deux cours conserve, sans aucun doute, la plus belle galerie de la ville, oeuvre de l’architecte de François 1er, Philibert Delorme. Tourelles d’angle sur trompes et ornementation qui emprunte à l’antique, avec superposition des ordres dorique et ionique et une alternance de frontons curvilignes et triangulaires.
Après avoir traboulé, en aboutissant rue des Trois-Maries ou encore rue du Boeuf, retraversons les cours et arrêtons-nous au n°6 de la rue St Jean. Là, le Petit Musée Fantastique de Guignol nous retrace l’épopée et les contextes socio-historiques lyonnais au moment de la création de cet insolent personnage par Laurent Mourguet en 1804. Les dispositifs audiovisuels d’animation permettent de saisir efficacement l’aventure de ce jeune canut au chômage, devenu caricaturiste et pamphlétaire à travers sa marionnette. Un parcours didactique et drôle qui permet de situer une des origines profondes de la marionnettes télévisuelle, très en vogue aujourd’hui. C’est avec cette célébrissime et truculente figure que s’achève notre promenade dans le coeur du Vieux-Lyon.

Joël et Pervenche Lotton

Photo : Fotolia

 
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