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A la découverte du Mont-St-Michel
72 habitants vivent en permanence sur le rocher le plus célèbre de France. Ce sont les Montois, qui accueillent chaque année plus de deux millions de visiteurs, parmi lesquels des dizaines de milliers de pèlerins, les Miquelots, habitués des lieux depuis le haut Moyen Age.
Le Mont-Saint-Michel, petit îlot granitique qui n’a pas tout à fait un kilomètre de circonférence, est certainement l’abbaye la plus impressionnante du monde occidental.
La légende veut que Saint Michel apparût en 708 à Aubert, évêque d’Avranches, la ville la plus proche. Il lui aurait demandé de construire une chapelle sur ce gros rocher caché dans les brumes de l’aube.
Deux siècles plus tard, les ducs de Normandie encouragent la création de l’abbaye autour de l’ancienne chapelle carolingienne qui sert de crypte à l’église construite au sommet du rocher entre le 11ème et le 12ème siècles. La crypte, rebaptisée Notre-Dame-sous-Terre soutient la plate-forme sur laquelle s’élèvent les trois dernières travées de la nef romane. Aujourd’hui cet ensemble remarquable n’existe plus. L’église romane a laissé place au 15ème siècle à un magnifique chœur en gothique flamboyant reconstruit sur une nouvelle crypte. Au fil des siècles, les bâtiments se sont embellis, agrandis, au point de couvrir l’ensemble du rocher.
Entre le 13ème et le 16ème siècle, la partie la plus fameuse, se développe au Nord. Ce sont les célèbres bâtiments de la Merveille affectés aux logements et à la réception des moines, des pèlerins et des nombreux hôtes de marque.
Depuis l’époque de la première chapelle, les pèlerins n’ont jamais cessé de fréquenter l’abbaye. Durant la guerre de Cent Ans, le Mont-Saint-Michel est sous domination anglaise. Les pèlerinages ne s’arrêtent pas pour autant, les occupants laissent, contre rétribution, affluer les fidèles dans le plus grand des sanctuaires du Nord de l’Europe.
Les fortifications, le châtelet et les défenses avancées protégeant l’entrée à l’est du Mont datent de cette époque. La construction de l’ensemble est le résultat d’un véritable travail de titan. Les blocs de granit étaient amenés de très loin parfois, des îles Chausey ou de Bretagne, puis hissés à flanc de côte et à dos d’hommes jusqu’au plus haut point du rocher.
Au fil des siècles, l’abbaye passe parfois au travers de mains peu habiles à conserver ce pur joyau d’architecture sacrée. Les religieux de l’ordre de Saint-Maur, chargés de sa réforme au 17ème siècle, n’apportent pas de grande révolution, se contentant plutôt de détruire quelques bâtiments et d’en tailler d’autres. Après cet intermède peu glorieux, l’abbaye du Mont-Saint-Michel devient une prison. À usage local avant la Révolution, puis, à partir de 1811, prison pour les droits communs et de célèbres prisonniers politiques. Barbès, Blanqui, Raspail figurent parmi ses pensionnaires les plus illustres.
En 1874, l’abbaye et les remparts du Mont sont enfin confiés aux Monuments Historiques. Ce sont ces services qui décidèrent de la construction d’une digue reliant le Mont à la terre ferme en 1879.
Avant, la traversée de la lagune se faisait à pied, une expédition tellement périlleuse que les pèlerins des premiers siècles l’appelaient Saint-Michel-au-Péril-de-la-Mer. Cette digue, qui sauva sans aucun doute nombre de vies, est une des causes de l’ensablement de la baie. Chaque année, la mer dépose un million de mètres cubes de sédiments. Les multiples ouvrages qui ont facilité l’accès au Mont-Saint-Michel, la route créée sur la digue, le barrage de la caserne ou la canalisation d’un des trois cours d’eau, le Couesnon, sont en partie responsables de l’enlisement d’un des plus beaux sites naturels du monde, d’ailleurs classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Malgré d’impressionnantes marées, le Mont-Saint-Michel n’est réellement entouré d’eau que deux fois par mois.
Depuis 1995, sous la poussée des écologistes, l’État et les collectivités territoriales veulent rendre le Mont-Saint-Michel à la mer. Un des projets devrait permettre à nouveau le passage des courants en détruisant la digue pour la remplacer par un pont-passerelle suspendu.
Les dangers de la mer une fois vaincus, les pèlerins d’antan, vacanciers d’aujourd’hui, ne peuvent pénétrer dans l’enceinte du Mont que par une seule entrée, la porte de l’Avancée, seule ouverture des remparts. Cours et portes se succèdent alors jusqu’à l’entrée de la Grande-Rue. La très jolie et très ancienne maison de l’Arcade est la première de cette longue rue étroite bordée de demeures du 15ème et du 16ème siècles. C’est dans cette rue que se trouve le célèbre restaurant de la Mère Poulard réputé pour son omelette.
Le haut de la rue coupé d’un escalier, le Grand Degré, donne accès à l’abbaye proprement dit. L’église abbatiale, dont l’entré principale donne sur la terrasse ouest à la vue particulièrement belle, est une mine de trésors architecturaux. Chef-d’œuvre de grâce et de légèreté, le chevet, est une bien pâle entrée en matière avant l’accès au cloître. Suspendu entre ciel et mer, ce très bel espace ponctué de délicates arcades en ogive, relie les bâtiments abbatiaux de l’époque gothique au réfectoire, une salle étonnante à l’acoustique et la luminosité parfaites. Depuis des siècles, cet ensemble exceptionnel porte le nom qui lui convient sûrement le mieux : la Merveille.
Des Jardins, encastrés dans les Remparts, font une halte très reposante permettant de découvrir les faces Nord et Ouest de l’île à partir de très beaux point de vue. Au large, l’îlot de la Tombelaine, possède encore quelques fortifications datant de Philippe-Auguste.
Comme le Mont lui-même et de multiples rochers, il fait tout le charme de cette magnifique baie, faite de dunes, de plages et de falaises à la faune et à la flore d’une exceptionnelle diversité.
Saskia LEBLON
Photo CMN - Abbaye du Mont-Saint-Michel
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