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Entre France et Angleterre, les îles Anglo-Normandes
Baignées par un courant chaud qui leur donne un air d’éternel printemps, Jersey et Guernesey, les îles les plus célèbres du petit archipel anglo-normand, mélangent délicatement les charmes victoriens de l’Angleterre voisine aux paysages sauvages de la Bretagne toute proche.
Une escapade dans ces deux îles, si proches des côtes françaises qu’elles pourraient faire partie de l’Hexagone comme ce fut le cas durant de longues années, est l’assurance d’un dépaysement total : embruns vivifiants de la Manche d’une part, tea-time et pâtisseries exquises de l’autre ravissent petits et grands à toutes les époques de l’année.
Guernesey, “un morceau de France tombé dans la mer et ramassé par l’Angleterre “, selon le plus célèbre de ses hôtes, le poète Victor Hugo qui y passa quinze ans d’exil, est la plus petite et la plus éloignée des deux îles.
Reconnaissante à l’auteur des Misérables, qui y préfaça une autre de ses œuvres célébrissime (la Légende des Siècles), la municipalité de Guernesey lui a dédié une “Route Victor-Hugo”.
Ponctuée d’une trentaine d’étapes, elle invite à découvrir cette terre de granit et de sable toujours empreinte des traces du poète qui l’aima tant.
Condamné à vingt ans d’exil pour son opposition à Napoléon III, Victor Hugo choisi d’abord de s’installer à Jersey, pour des raisons pratiques et sentimentales : il ne parle que le français et veut voir quotidiennement les rivages de sa patrie abandonnée. Obligé de quitter l’île à cause de déclarations offensantes pour la Reine Victoria, il part à Bruxelles mais revient très vite à Guernesey. C’est là, grâce aux droits d’auteur des Contemplations, qu’il peut pour la première fois acquérir une maison : ce sera Hauteville House, demeure imposante au jardin gigantesque et à la vue imprenable.
Victor Hugo, qui d’après lui, était né pour être décorateur, y laissa cours à toute son imagination : salon rouge en hommage à Venise, salon bleu dédié à l’époque gothique qui le fascinait tant, amoncellement de coffres, de faïences et de tapisseries, l’antre du poète est à la l’image de sa légende, démesuré.
Entouré de très grandes plages de sable fin le sud de Guernesey est le paradis des promeneurs,
la campagne recèle des trésors d’architecture comme l’élégant Sausmarez Manor, un élégant manoir baroque du 18ème siècle à quelques pas de St Martin’s Church, et de sa terrible statue préhistorique en granit, la grand’mère du Chimquière, symbole de fertilité de l’île.
Jersey, qui n’est qu’à 20 kilomètres des terres françaises, était autrefois partie intégrante du Duché de Normandie. Sa situation frontalière entre les frères ennemis du Moyen Age (l’Angleterre et la France) lui a conféré son statut très particulier d’aujourd’hui. Elle appartient, comme Guernesey, à la couronne britannique sans dépendre pour autant du Parlement. En 1484, le Pape déclara les îles anglo-normandes “ zone neutre “ ce qui leur conféra un statut marchand particulier encore vivant de nos jours. Petit paradis fiscal, Jersey est le siège social de nombreuses sociétés off-shore, une évidence quand on sait que l’impôt sur le revenu n’y excède pas 20%...
Mais le grand attrait de Jersey, pour le commun des mortels, est la multitude et la beauté des plages qui l’entourent. De sable, de rochers, aux eaux tranquilles ou plus tumultueuses, elles sont propices à toutes les activités marines : baignades en famille, surf, pêche ou simple visite, lorsque le temps ne permet pas l’exercice de plein air, des nombreuses fortifications laissées par les envahisseurs allemands au cours de la deuxième guerre mondiale.
La moitié de la population de l’île se concentre dans la capitale, Saint Helier.
Un très beau musée maritime ravit enfants, parents, et grands-parents en donnant simplement les explications les plus complexes des phénomènes marins souvent si mystérieux. Marées, courants, mouvements des vagues et des vents n’auront plus aucun secret à la sortie.
Autre temps fort de la visite de l’île qui relie les générations : le magnifique Jersey’s Zoo. Créé en 1963 par le célèbre naturaliste Gerald Durell. Conçu à une époque ou zoo était encore synonyme de divertissement et d’agrément, il a été un des premiers parc zoologique pensé comme un refuge pour les espèces menacées. Tous les pensionnaires ont un dénominateur commun, du plus petit des lémuriens malgaches aux énormes gorilles africains : ils auraient tous disparus si le Zoo de Jersey n’avait pas été créé.
Situé dans la partie Nord de l’île, ce zoo extraordinaire est niché dans une très belle vallée boisée de l’arrière-pays. Une région de falaises à découvrir à pied ou à VTT. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut admirer les petites criques battues par les vagues et les milliers d’oiseaux sauvages qui les peuplent.
Le climat si doux de Jersey peut parfois faire penser à certains coins de la Méditerranée.
A l’ouest de l’île dans la région du village de St Peter, des dunes s’étendent à l’infini, parcours de golfs pour les amateurs mais aussi refuge d’une impressionnante colonie de lézards verts. Des champs de lavande parsèment la campagne, lui donnant un petit air de Provence transposée dans le bocage anglais.
La baie de St Brelade en est un des plus beaux exemples. A partir d’une chapelle du 15ème siècle (St Brelade’s Church), jusqu’aux magnifiques fresques murales, l’anse de la baie se découpe merveilleusement entre les falaises garnies de landes, réserve naturelle comme bien d’autres parties de cette île étonnante.
Saskia Leblon
Photos Jersey Tourisme
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