Vallée de l’Hérault, au fil du fleuve...
Au pont du Diable, l’Hérault s’insinue dans le flanc vertical de la Séranne, massif calcaire du causse du Larzac. Dans un environnement chaotique, qui marque le début de ses gorges aux parois abruptes creusées de cirques et de grottes, ses rives se resserrent. Un paysage propice à la légende. Le Pont de Gourg Nègre, en référence au gouffre de 70m qu’il enjambe, a été rebaptisé le Pont du Diable en souvenir de son hypothétique constructeur qui l’aurait érigé en échange de la première âme qui le traverserait. Un chien fut envoyé par les autochtones. Les blocs de rochers tapissant les gorges seraient la manifestation de la colère du diable. Plus prosaïquement construit au Xe siècle, son style apparenté à celui de l’Abbaye de St Guilhem, en fait l’un des plus vieux ponts romans de France. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco au titre des chemins de St Jacques de Compostelle. Surélevé et élargi au fil des siècles, ni le temps, ni les fureurs de l’Hérault ne l’ont ébranlé.
Ce pont de légende est aussi une porte ouverte sur le désert. Désert soulignant ici une dimension spirituelle en évoquant ces endroits isolés que des moines, les Pères du désert, recherchaient pour s’adonner à la méditation. Mais avant l’arrivée à l’abbaye de Gellone, la nature réserve une autre curiosité : la Clamouse, rivière souterraine alimentée par les infiltrations d’eau de pluie et de neige, a creusé ses galeries dans la roche. L’écoulement des eaux chargées de minéraux a créé des concrétions abondantes aux formes et couleurs variées, telles les aragonites aux prismes dentelés. Les 800m aménagés intègrent les galeries de la rivière souterraine en activité. L’ambiance musicale et l’éclairage confortent la magie d’une des grottes les plus visitées de France.
Entrer dans Saint-Guilhem-le-Désert, c’est faire un pas dans l’histoire. Le village étire ses ruelles serrées à l’ombre de l’abbaye de Gellone, nom de la vallée étroite où elle s’insère et qui suit un méandre de l’Hérault. Guillaume, Guilhem en languedocien, duc d’Aquitaine, connu sous le nom de Guillaume d’Orange en raison de sa victoire contre les Sarrasins à Orange, est à l’origine de sa construction en 804. Cousin germain de Charlemagne, il fut capitaine de nombreuses campagnes guerrières avant d’achever sa vie dans le monastère de Gellone. Abritant un morceau de la croix du Christ et la tombe de Saint Guilhem, l’abbaye est un lieu d’affluence sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. L’église, chef d’œuvre architectural, présente une nef dominée par la verticalité et dont la sobriété est proche du dépouillement. Il ne reste du cloître que la galerie inférieur Nord et Ouest.
D’ANIANE A GIGNAC
L’histoire suit le fil du fleuve. Witiza, dont Guillaume d’Orange participa à l’éducation, abandonna ses fonctions militaires pour mener une vie d’ascèse, sous le nom de Benoît, dans la solitude d’une maisonnette en bordure d’un ruisseau affluent de l’Hérault, l’Anio. En 782, Charlemagne l’aide à construire un monastère. En 792, l’abbaye devenue royale est le centre de rayonnement du futur Saint Benoît d’Aniane qui a entrepris la réforme et la diffusion du bénédictisme. Le village s’est construit autour de l’ancienne abbaye dont il ne reste aujourd’hui que l’entrée. L’église St Jean-Baptiste, appelée chapelle des Pénitents Blancs, est une ancienne église paroissiale dont l’emplacement fut choisi par St Benoît pour recevoir les sépultures des moines. Elle conserve une partie préromane et romane.
En aval, Gignac se love dans la vallée Dorée, en bordure de L’Hérault. Le pont de Gignac qui le franchit de ses trois arches, est l’un des plus beaux ponts de la seconde moitié du XVIIe siècle. Le musée de l’hydraulique rend hommage au fleuve et aux travaux -barrage, bâtiment de pompage, usine hydroélectrique- qui, à partir de 1857, ont permis d’alimenter en eau habitants, agriculture et industries locales. La vallée fertile produit d’excellents vins et des Lucques, ces petites olives d’un vert éclatant en forme de croissant de lune. La ville garde les vestiges de ses anciens remparts, des portes du XIIIe siècle et l’étonnante tour Sarrasine érigée au Moyen Age qui la domine.
DE CLERMONT L’HERAULT AU CIRQUE DE MOUREZE
Ancienne ville des tanneurs et des drapiers, Clermont l’Hérault est construite en bordure du Salagou, ruisseau qui se jette dans la Lergue, autre affluent de l’Hérault. Son paysage vallonné et son climat ont favorisé le développement d’activités oléicoles et vinicoles encore vivaces. Sur le plateau de "Pioch Castel" demeurent les vestiges d’un château féodal. Le donjon domine la vallée et la cité qui s’étend à ses pieds. Différentes portes matérialisent encore le tracé de l’ancienne enceinte construite par les seigneurs de Clermont-l’Hérault. La collégiale Saint Paul, construite entre le XIIIe et le XVe siècle, de style gothique fortifié, a été construite sur un ancien édifice roman. C’est une des cinq églises du département à posséder trois nefs. Sa rosace à remplage flamboyant est l’une des plus belles du Midi de la France.
En suivant la direction de Lodève, la couleur rouge du bassin du Salagou s’impose peu à peu, et les orgues basaltiques témoignent de l’ancienne activité des volcans de l’Escandorgue. Puis l’étendue bleue adoucit le paysage. Mis en eau en 1969, le lac du Salagou résulte de la construction d’un barrage destiné à irriguer la vallée à des fins agricoles et à maintenir la fougue des crues de l’Hérault. A défaut de servir l’agriculture, les 750 ha inondés ont engendré une vocation touristique. Baignade, glisse, pêche et balades à pied ou VTT s’y pratiquent dans des espaces aménagés avec le souci de préserver l’aspect sauvage du site.
En reprenant la route en direction du fleuve, le cirque de Mourèze découpe d’étranges silhouettes aptes à éveiller l’imaginaire. Constituée de dépôts sédimentaires laissés par la mer voici plus de 160 millions d’années, cette roche tendre a été sculptée par l’érosion. Dans ce chaos labyrinthique se distinguent des roches qui ont reçu une appellation : le sphinx, le chameau, le berger... Situé à flanc de la montagne de Liausson, ce cirque dolomitique accueillait des habitants dès le néolithique moyen. A l’Est, le parc des Courtinals, ancien site d’habitats gaulois, propose des parcours archéologique et botanique.
Marie Vanhamme
Si les hommes ont modifié le paysage, le fleuve a accompagné leurs constructions. Les ponts furent édifiés pour le franchir. Dès le Moyen Âge les moulins ont exploité sa force. Plus tard viennent les usines hydrauliques. Les fontaines au cœur des villages ont approvisionné les habitants, abreuvé les animaux. Au-delà de leur vocation fonctionnelle, elles étaient avec les lavoirs des lieux de sociabilité. La communauté de commune de l’Hérault a entrepris de valoriser ce petit patrimoine hydraulique non protégé et non classé en entreprenant une campagne de restauration. Trois circuits de randonnées ont été inaugurés pour le découvrir. Figurent dans le parcours la fontaine du Rivelin à Gignac, fontaine Fraîche et Fontaine de Patari au Pouget. Pont sur l’Aurelle (lavoir et vanne) à Popian, lavoir public à Pouzols, lavoir de la Guirale, puit, fontaine et transformateur des Horts à Vendémian, fontaine public à Puilacher.
Office de tourisme intercommunal Saint-Guilhem-le-Désert/ Vallée de l’Hérault : 04 67 57 58 83 ou 04 67 57 44 33
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